Hollande, Valls, et le culte du cargo

Le culte du cargo est un ensemble de pratiques de certaines populations indigènes de Mélanésie, visant à obtenir un effet favorable (l’arrivée d’un avion cargo pour parachuter des vivres) par des moyens magiques, consistant à mimer le comportant des techniciens militaires étrangers observés durant la seconde guerre mondiale (opérateurs radio, personnels des aéroports) qui permet à ces techniciens étrangers d’obtenir l’effet désiré : l’arrivée d’un avion cargo pour parachuter des vivres. L’avion cargo était vu par ces populations ayant vécu jusque là sans contact avec la civilisation occidentale comme une manifestation d’origine divine, obtenue par des comportements tels que parler dans une radio ou s’agiter au bout d’une piste d’atterrissage. Les populations indigènes pensaient donc qu’en reproduisant ces comportements, ils obtiendraient l’effet désiré, à savoir l’arrivée de vivres. Ces croyances les amenaient à des comportements inefficaces et même contre-productifs : construire de fausses pistes d’atterrissage, de faux postes de communication radio, en paille, bois et coquilles de noix de coco, agiter des signaux lumineux au bout de la piste d’atterrissage, etc. Et si ça ne fonctionne pas, c’est qu’on n’en a pas fait assez ! Il faut encore construire des hangars, des antennes, de faux avions à placer en bout de piste d’atterrissage, détruire les récoltes en offrande aux divinités, etc.

Et Hollande et Valls dans tout ça ? Ils se sont fait, avec une majorité de la classe politique, les prophètes en France d’une forme bien particulière du culte du cargo. Constatant que la croissance ne vient plus suffisamment pour déposer son lot d’emplois et de bienfaits, ils adoptent des comportements qui semblent irrationels : détruire ce qui fait le bien-être (système de santé, d’éducation, retraites, etc.), donner toutes les ressources ainsi libérées aux divinités du CAC 40, qui sont censés faire revenir la croissance, tout comme les divinités flattées devaient faire revenir les avions-cargos après la fin de la guerre. Cela ne fonctionne pas ? C’est qu’il faut faire plus. S’attaquer aux mécréants qui mettent en doute l’efficacité de ces offrandes, provoquant par là l’ire des divinités. Aller gesticuler et s’agenouiller devant les divinités du MEDEF, comme Ayrault et Valls l’ont fait.  faire la chasse aux chômeurs, qui sont sans doute des mécréants qui déclenchent l’ire des divinités, comme le propose Rebsamen !

Pendant ce temps là, que font les divinités actionnaires du CAC 40, bénéficiaires de ces largesses ? Elles vont bien, merci pour elles. Augmentation de 30,3% en un an de leur rémunération, tandis que l’investissement n’a pas bougé, malgré les implorations de Valls et des autres. La pensée magique ne permet pas de régler les problèmes de la France. La vraie question est posée par l’économiste Benjamin Coriat, qui apporte aussi la réponse froide et rationnelle qui explique l’échec dramatique de ces politiques d’offrandes au grand patronat. Que faut-il penser d’une politique économique dont l’axe central repose sur des transferts unilatéraux de ressources aux entreprises, une politique qui en saignant le pays à coups de coupes budgétaires s’en remet, pour ce qui est de l’emploi, au « bon vouloir des patrons » ? Là est l’erreur majeure. Dans une économie financiarisée, il n’y a pas à attendre des patrons un autre rôle que celui pour lequel ils ont été placés à la tête des entreprises par les actionnaires : dégager des profits et les « rendre » sous la forme de dividendes. Et c’est ce qu’il font bien sûr ! Face à la manne inattendue qui leur vient des offrandes publiques, investir dans une économie où la demande est atone, où distribuer aux actionnaires ? Sans demande, un investissement ne génèrera pas de profit. Donc investir n’est actuellement pas une option pour les patrons du CAC-40 qui seraient obligés de rogner les dividendes !

On pourrait alors essayer de relancer la demande par de grands investissements publics qui préparent l’avenir : transition écologique, éducation, santé. Voilà une politique sociale-démocrate qui pourrait résoudre certains problèmes économiques sans remettre en cause ni la structure inégalitaire de la société, ni son caractère productiviste. C’est ce pour quoi ont été élus Hollande et consorts, et c’est sans doute ce que réclament Arnaud Montebourg, Benoit Hamon et leurs amis au sein du Parti (ex-)socialiste, transition écologique en moins. Ce ne serait pourtant qu’une solution insuffisante et à très court terme, car laissant de côté plusieurs problèmes fondamentaux : accaparement des richesses par la classe capitaliste, impérialisme dû au besoin dévorant de ressources naturelles, et surtout ce serait persister  dans un modèle d’expansion infinie qui est un suicide de la civilisation humaine. Alors, que faire ? Pour nous, l’écosocialisme est l’alternative pour sortir de la crise et imposer l’intérêt général humain : partager les richesses sans attendre, fonder une nouvelle économie des besoins et de la sobriété, préserver le climat, l’écosystème et sa biodiversité. En France, cela passe aussi par une refondation démocratique et républicaine via une Constituante, car de telles transformations ne seront jamais possibles avec les institutions monarchistes de la Vè République, qui laissent les mains libres aux adeptes du culte du cargo !

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