L’aube d’un jour

C’était l’aube d’un nouveau jour. Il ouvrit grand les yeux et
vit le soleil qui se levait là­-bas par dessus les arbres. Il
huma l’air, ne sentit pas de danger. Il se pencha légèrement
et vit une bestiole qui passait à toute vitesse . Comme il
voulait la voir un peu mieux il s’inclina davantage, se
pencha un peu plus, encore un peu plus…

Ce qui devait arriver arriva, la tête entraîna les fesses dans une chute aussi
brutale qu’inattendue ! Il se retrouva au pied de son arbre
sur l’herbe humide de la rosée du matin. Il se frotta
vigoureusement le crâne, sentit une petite bosse mais oublia
aussitôt sa douleur en découvrant un monde qu’il ne
connaissait pas . Il n’était jamais venu seul en bas, ses
parents le lui avaient formellement interdit ! Il caressa
l’herbe … admirant de tous côtés la forêt vue du sol… Il vit
alors au loin celle qui avait provoqué sa dégringolade, elle
poursuivait tranquillement son chemin ignorant ce qui
venait d’arriver . Il voulait l’attraper, faire sa connaissance et
jouer avec elle. Il trouvait cela très palpitant de pouvoir
rencontrer cette drôle de créature. Il s’élança à sa poursuite,
il avançait comme il pouvait, comme un petit de singe qu’il
était …
C’était l’aube d’un nouveau jour. Elle se réveilla
brusquement pressentant qu’il se passait quelque chose .
Elle ouvrit grand les yeux et vit le soleil qui se levait là-­bas
par dessus les arbres. Elle huma l’air, ne sentit pas de
danger. « Qu’est ce qui a bien pu me réveiller ainsi ? » se
demanda­-t­-elle anxieusement. Elle s’étira, bailla et soudain
elle réalisa ! Mon bébé ! Mon bébé n’est plus là ! Où est il
passé ? Ce n’est pas possible ! Elle regarda en haut puis en
bas fouillant des yeux chaque branche, chaque coin et
recoin de l’arbre mais ne vit rien d’autre que le clan
endormi. Elle commençait à paniquer. Mon petit ! La nuit
me l’a pris ! Ses gémissements de peur, d’angoisse, de
douleur et de chagrin devenaient de plus en plus forts, se
transformèrent en hurlements qui réveillèrent toute la tribu.
Les mâles grognèrent, furieux d’avoir été réveillés !  Quand
elles comprirent ce qui se passait les autres femelles unirent
leur plainte à celle de la mère affolée obligeant les mâles à
réagir . Tous maintenant sautaient de branche en branche à
la recherche du disparu fouillant et refouillant chaque coin
et recoin de l’arbre où ils avaient élu domicile.
C’était l’aube d’un nouveau jour. Le soleil se levait là­-bas
par dessus les arbres. Soudain un cri terrible comme on n’en
n’avait jamais entendu dans la forêt glaça le sang de tous les
êtres qui y vivaient ! Tous les membres du clan tournèrent
la tête en direction de ce qui les paralysait sur place, ce
qu’ils découvrirent les terrorisa, la mère du petit sentit son
cœur s’arrêter puis repartir… Elle ne se posa plus de
questions et descendit les branches 4 à 4 !
La rivière ! Ce monstre , ce monstre était en train d’avaler
son petit !
C’était l’aube d’un nouveau jour. Les premières lueurs du
soleil éclairaient la forêt. Il avait suivi la petite bête pendant
un bon moment, elle l’avait mené jusqu’à la rivière ; quand
elle était entrée dans l’eau se mettant à nager il ne vit pas le
danger … Il ne savait pas encore que les singes ont peur de
l’eau, il ne savait pas encore que les singes ne savent pas
nager, il ne connaissait pas la rivière … Il entra dans l’eau et
aussitôt le courant l’emporta ! Il se sentit avalé ! Il ne voyait
même plus le petit animal mais il s’en moquait à présent ! Il
avait froid ! Il avait peur ! Il sentait le danger ! Il sentit la
mort ! Au secours ! Au secours ! Maman ! Papa ! Hurlait-­il
de toutes ses forces chaque fois que sa tête ressortait de
l’eau grise et trop fraîche. C’était ses appels de détresse qui
avaient saisi d’horreur le clan. C’était la vue de son petiot en
train de se noyer qui avait bouleversé sa mère la faisant
descendre de l’arbre à une vitesse vertigineuse.
C’était l’aube d’un nouveau jour. Les rayons du soleil
chauffaient la forêt . Elle avançait de plus en plus vite, du
plus vite qu’elle pouvait, comme une femelle de singe
qu’elle était … Elle était stimulée par les cris au loin qui
devenaient de plus en plus aigus, effrayants, effrayés.
L’alerte était chaude, la menace était là, précise. Soudain les
cris cessèrent, elle sentit la mort qui était  tout près, trop
près de son petiot. Non ! Se dit-­elle. Dans un sursaut de
révolte elle se dressa et… se mit à marcher. Oui !  Marcher !
Une patte devant l’autre, une patte après l’autre et vite ! De
plus en plus vite ! Beaucoup trop vite pour les mâles qui
essayaient de la suivre pour l’empêcher de s’approcher du
monstre qui lui volait son petitout ! Ils étaient tous
stupéfaits de la voir se diriger de cette façon vers la rivière !
Avaient-­ils conscience  que cette femelle dressée par
l’urgence allait changer leur monde ? C’était l’aube d’un jour
nouveau, c’était la première fois que l’on marchait sur la
terre…
Les rayons du soleil embrasaient la forêt. Lorsqu’elle arriva
au bord de la rivière elle vit la tête de son petit qui sortait à
peine de l’eau, elle l’appela de toutes ses forces lui tendant
une grande branche à laquelle elle lui dit de s’accrocher.
Bien qu’à bout de forces il réussit à attraper la perche qu’elle
lui tendait et se retrouva rapidement au chaud, au creux des
bras de celle qui venait de changer la marche du monde .
Les mâles arrivaient, ils la félicitèrent, l’acclamèrent pour
son courage, son audace ! Elle s’était approchée de l’eau !
Avait défié le monstre, lui avait arraché sa proie ! Elle avait
affronté seule le danger ! Elle leur avait montré une
nouvelle façon de se déplacer …
Voilà comment, grâce à une petite bête qui passait par là
qu’un petit singe curieux avait voulu observer, une mère
poussée par l’urgence de son enfant en péril a mis
l’humanité en marche.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s