Je ne suis pas …

Je ne suis pas un lâche qui a pris la fuite. J’ai sauvé ma vie et celle de mes petits, tout comme vous l’auriez fait, vous qui surnagez, comme vous pouvez dans les eaux glaciales de votre bassin. Je veux pouvoir, comme vous, endormir mes enfants en leur lisant de belles histoires qui les feront rêver. Je veux qu’ils dorment d’un sommeil paisible et que plus jamais le bruit des bombes et les cris de terreur ne les réveillent.
Je ne suis pas un envahisseur qui menace vos territoires. Je veux la paix et le bonheur tout comme vous le désirez, vous que l’on enfonce chaque jour un peu plus dans d’obscurs abysses. Je veux pouvoir retrouver l’odeur de ma terre, avant qu’une pluie sanglante ne la souille. Je veux recommencer à vivre sans crainte et que plus jamais le moindre bruit ne me fasse sursauter.
Je ne suis pas un profiteur de vos confortables privilèges. Je veux vivre de mon travail tout comme vous l’exigez parfois, vous qui résistez, comme vous pouvez, aux débordements glacés de vos fleuves. Je veux pouvoir réentendre les éclats de rire et les voix de mes petits qui chantaient des comptines avant que l’horreur ne les laisse muets. Je veux qu’ils recommencent à vivre et que plus jamais leur rire et leur chant ne se brisent.
Je ne suis pas un vagabond errant sur les chemins. Je cherche un endroit calme, tout comme vous en rêvez, vous qui flottez, comme vous pouvez, à la surface de vos lacs gelés. Je veux pouvoir m’arrêter, me poser et trouver un lieu où je pourrai vivre simplement, comme avant, avant que ma maison ne soit détruite par vos armes. Je veux la reconstruire pour offrir à ma famille un abri et que plus jamais, dans le froid, sous la pluie, dans le vent, nous ne dormions.
Je ne suis pas un mendiant quémandant quelques miettes. J’ai faim, j’ai soif. Je suis prêt à cultiver à mains nues un petit bout des terres que vous avez abandonnées.
Je veux pouvoir nourrir ma famille, tout comme vous le réclamez, vous qui survivez, comme vous pouvez, dans les eaux boueuses de vos marécages.
Je ne suis pas de votre pays, pas même de votre continent. Je viens d’un coin de monde en fusion. Là-bas tout n’est plus que destruction, malheur et cruauté. J ‘ai quitté ce brasier que je ne pouvais éteindre et qui s’étendait chaque jour un peu plus. Je ne veux pas rendre mon dernier soupir chez vous, je veux, le plus tôt possible, pouvoir regagner la terre de mes ancêtres. La faire refleurir pour qu’un jour mes enfants puissent à nouveau y cueillir, en chantant, les fleurs de la liberté.

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