60 ans après, hommage aux victimes du 17 octobre 1961 à Villejuif

Dimanche 17 octobre 2021, les insoumises et insoumis ont rendu hommage aux victimes du 17 octobre 1961 à Villejuif. Un moment particulier, 60 ans après cet évènement tragique.

Afin de poser des mots sur ces violences, voici l’allocution prononcée par Djamel Arrouche lors de cette cérémonie.

« Madame la sénatrice, Mesdames, messieurs les élus, mesdames messieurs, chers ami-es

Tout d’abord, permettez-moi d’avoir une pensée pour les victimes de chateaubriand. En effet, Chateaubriant célébre ce week-end le 80ème anniversaire de l’exécution, le 22 octobre 1941, de 50 otages, dont le jeune Guy Môquet, en représailles à la mort d’un officier allemand tué deux jours auparavant dans la cité des ducs de Bretagne.

D’autre part, puisqu’il s’agit de célébrer le travail de mémoire, je souhaiterai m’attarder un instant sur la genèse de cette place de 17 octobre 1961 à Villejuif et rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui ont contribué à faire avancer cette cause juste d’une inscription sur notre territoire de la triste date du 17 octobre 1961.

En effet, il y a maintenant 10 ans, en septembre 2011, l’association Villejuif en mouvement(s)  lançait une pétition adressée aux autorités de la ville afin que cette place puisse voir le jour. Je voudrai ce matin rendre hommage aux élus de l’époque qui ont su comprendre et relayer notre démarche ; Sandra Da Silva, Valérie Moncourtois, Muriel Roger, Claudine Cordillot mais aussi Fayçal Arrouche qui,  par sa détermination, a été d’une efficacité décisive dans cette affaire.

Je voudrai aussi saluer tout-es militant-es qui par leur engagement ont su porter cette revendication pour la faire aboutir en conseil municipal, c’était en octobre 2011 mais aussi pour la faire vivre, notamment  pendant les 6 années d’un mandat (celui de M.Leboellec pour ne pas le citer)  qui a purement et simplement nié l’existence même de cette place et de cette commémoration : je pense à Gaelle, Thierry, Lionel, Affif, Djillali, Xavier, Mohamed, Danielle, Charles et tant d’autres. Merci à eux, cette place leur doit beaucoup.

Toutefois, je profite de la présence des membres élus de la majorité pour formuler aujourd’hui une demande officielle. J’espère que bientôt cette place puisse enfin être répertoriée et cartographiée afin qu’elle apparaisse dans nos appareils de géolocalisation et autres plans officiels de notre ville. L’inscription sur notre territoire de cette date ne doit pas être que symbolique, elle doit dorénavant être officialisée.

Nous commémorons aujourd’hui le 60ème anniversaire de la féroce répression de la manifestation organisée par le FLN dans les rues de Paris ce 17 octobre 1961

L’histoire du 17 octobre 1961 est celle d’un massacre sciemment oublié, effacé.

Grace au travail des historiens, les faits sont aujourd’hui établis : Ce soir-là, des milliers d’Algériens de la région parisienne convergent vers le centre de la capitale pour manifester pacifiquement contre l’instauration d’un couvre-feu qu’ils jugent discriminatoire. La manifestation est interdite. La police aura toute latitude pour l’empêcher. Coups de matraque, tirs à balles réelles et corps jetés dans la Seine… Longtemps, les circonstances de la mort de plus d’une centaine de manifestants seront occultées.

Alors aujourd’hui souvenons-nous.

  • Souvenons-nous d’abord pour rendre hommage aux victimes, les morts, les blessés, les déportés qui ont payé le prix du sang pour avoir osé s’opposer à un couvre-feu injuste.
  • Souvenons-nous pour apaiser la tristesse, la peine et le chagrin qui ont accompagné ces années de mise en sourdine d’une histoire tragique
  • Souvenons-nous aussi pour réfléchir, dialoguer et transmettre aux générations futures ce passé commun. Le 17 octobre ne concerne pas que les enfants et petits-enfants de l’immigration coloniale, cette histoire est l’affaire de toute la communauté nationale et à l’heure où la bête immonde réapparait sous des visages multiples : il est plus que jamais nécessaire de poursuivre notre idéal républicain. Liberté, égalité, fraternité.
  • Souvenons-nous enfin pour réclamer la vérité et la justice aux plus hautes autorités de l’Etat. S’il y a eu des tués ce 17 octobre et les jours qui ont suivi en plein cœur de Paris, c’est qu’il y a eu des tueurs. Qui sont-ils ? Qui a donné les ordres, qui a couvert ses actes odieux ? qui a empêché la justice de faire son travail d’investigation ? 

En effet, comment on fait en République pour faire disparaître des corps ? Comment fait-on en République pour que lorsqu’une mort suspecte a lieu sur la voie publique,  il n’y ait pas d’enquête ? Qui a donné l’autorisation d’inhumer ces morts sans qu’il y ait eu d’enquête pour établir les causes des décès ?

Les 60 ans du 17 octobre 1961 aurait pu faire date. D’autant que président de la République, Emmanuel Macron, avait décidé de faire de la guerre d’Algérie le défi mémoriel de son quinquennat. Mais tout ne s’est pas déroulé comme espéré.

Certes, le communiqué officiel de l’Élysée paru hier marque des avancées bienvenues.

Le chef de l’Etat est allé plus loin que François Hollande dans la précision des faits, mais sans nommer le colonialisme, la préfecture de police ni la police.

Par ailleurs ce crime est réduit à la seule responsabilité de Maurice Papon. Pourtant, la Préfecture de Paris n’est pas un Etat dans l’Etat, M.Papon n’a pas agi seul.

Il y avait bien un ministre de l’intérieur, un chef du gouvernement et un chef de l’Etat au-dessus du Préfet, ce 17 octobre et les jours qui ont suivi ! Rappelons-nous aussi que Papon est resté à son poste jusqu’en 1967 !

60 ans après, la Vérité est donc partiellement en marche. Les propos de l’Elysée constituent bien une avancée, mais elle n’est toujours pas suffisante. Et nous étions en droit d’espérer plus.

Parce que l’on ne construit pas la démocratie sur des mensonges et des occultations. Après plus d’un demi-siècle, et au nom des victimes et de leurs familles, des rescapés et des témoins de ce massacre nous continuerons de demander :

  • Que soit clairement reconnu par le Président de la République, le massacre colonial et le crime d’Etat du 17 octobre 1961,
  • Que cette reconnaissance passe par l’intégration de la date du 17 octobre dans le calendrier officiel des cérémonies commémoratives nationales,
  • Que les archives de la Guerre d’Algérie, dont celle du 17 octobre, puissent être ouvertes afin d’assurer le respect de la liberté de recherche des historiens.
  • Que des mesures de réparations, symboliques et matérielles puissent être prises en direction des victimes du 17 octobre 1961 et de leurs familles.

Soixante ans après les faits, il est plus que jamais nécessaire de donner toute sa place à cet évènement tragique de notre histoire afin de permettre la transmission de la mémoire aux jeunes générations dans un souci d’apaisement, de fraternité et de cohésion sociale.

Une réflexion sur “60 ans après, hommage aux victimes du 17 octobre 1961 à Villejuif

  1. Et quand parlerez vous du présent et notamment d’assange??? Et de notre perte de liberté pour les non pass.. plus droit au CMS plus droit aux discussions communales (c’est trop compliqué de faire une visio.. je rêve…)

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